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Journalisme ː le difficile éloge de soi
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Journalisme ː le difficile éloge de soi

Le groupe d’appui à la projection du film-documentaire Émilius Niger à Ottawa. A remarquer la présence affective des deux petites-filles d’Émile Roumer

Par Mérès Weche

Tout comme un mort ne peut prendre la parole à ses funérailles, il m’est très difficile, même vivant, de faire l’éloge complet de mon documentaire Émilius Niger, réalisé sur la vie et l’œuvre du grand poète Émile Roumer. Même si cette envie me tenaille, par déformation professionnelle, obéissant à l’esprit critique et non de critique qui m’anime face à ce que réalisent  certains confrères dans le domaine du journalisme, pourtant je n’en peux pas. Une chance que l’intellectuel Joseph Bataille, dans un article très objectif, a fait écho de cette deuxième projection du documentaire,  le 12 janvier 2020 à Ottawa, après celle qui a eu lieu à Montréal, au cours du Mois créole en octobre dernier.

En effet, en lever de rideau, je devais entretenir l’assistance du symbolisme de cet effroyable après-midi de janvier d’il y a dix ans dont je suis sorti indemne miraculeusement, et j’ai senti toute l’émotion qui traversait les uns et les autres, peu avant la projection dudit documentaire dans cette sympathique enceinte de l’église Sainte-Marie à Ottawa. C’est sans superfétation intellectuelle que j’ai évoqué, bien que lointaine, la mort du poète Émile Roumer, survenue en 1988, comme un séisme d’un autre genre dans l’espace spirituel de La Grand-Anse. Trente-deux ans après le décès du poète, et dix-ans après ce grand malheur qui s’est abattu sur Port-au-Prince et ses environs, ce rapprochement d’ordre spirituel et temporel était de taille pour conscientiser la jeunesse haïtienne sur ce que c’est un patrimoine à vénérer, qu’il soit historique, physique, humain, naturel, spirituel ou socioculturel.

Ce documentaire, mettant en exergue Émile Roumer, Prosper Auguste et Jean-Léopold Dominique, trois figures patrimoniales de proue en Haïti, est salué, comme je l’ai dit ci-haut, avec beaucoup de chaleur par l’intellectuel Joseph Bataille. Une réalisation audiovisuelle qui rejoint en quelque sorte le très beau livre de l’écrivain Eddy Cavé, De Mémoire De Jérémien, sous-titré En pensant aux amis disparus. Même motivation, même panorama des réelles valeurs grand-anselaises.

Trois grandes personnalités du domaine de la communication et de l’éducation au sein de la communauté haïtienne  d’Ottawa, en l’occurrence, le professeur Georges Séraphin, l’intellectuel Michel Paisible et le journaliste sénior Max Beaugé, ont payé de leur présence à cet événement qu’ils ont tous trois qualifié de Grande Première, en dépit des ajustements qui restent à y apporter.

Madame Claudette Juste, recevant sa plaque

En effet, tout l’honneur de cette présence qualifiée dans l’assistance revient au Dr. Blondel Auguste et à sa distinguée compagne Christiane Michel qui ont mis tout leur poids social et professionnel dans la balance pour que l’écho de cette réalisation pèse fort, longtemps encore, à Ottawa. Et c’est par leur initiative que la plaque d’honneur cubaine, baptisée Eugenio Selman a été remise, au nom de l’Association médicale des Caraïbes-AMECA, à certaines personnalités haïtiennes en Ontario, dont le Dr. Faudry Pierre-Louis, psychiatre de renom ; Mme Claudette Juste, veuve de feu l’éminent juriste et professeur émérite, Me. Christian Caze, de passage dans la capitale canadienne, ainsi qu à Mme Mélissa Michel, au nom des familles Michel et St-Sauveur, y compris les deux communicateurs ci-devant mentionnés, le Pr. Georges Séraphin et le journaliste Max Beaugé.

Mélissa Michel recevant sa plaque

D’un même front, je dois un tribut de reconnaissance à mes cinq hôtes, Blondel Auguste, Christiane Michel, Eddy Cavé, Jordany Weche et son épouse Marie Juniore, pour leur inestimable accueil. J’en profite pour exprimer toute ma gratitude à l’ endroit du curé de la paroisse Sainte-Marie pour son ouverture à la communauté haïtienne d’Ottawa, en permettant à nos jeunes de montrer leur talent, dans le cantique religieux comme dans l’informatique ; ce qui m’a facilité une projection tout-à-fait professionnelle.

Je m’en voudrais de ne pas revenir sur le rôle de courroie de transmission joué par l’écrivain  Eddy Cavé, pour le plein succès de cet événement, en me favorisant la présence de deux petites-filles  d’Émile Roumer, Émilie et Philippa Jabouin. 

Un acteur incontournable à ne pas oublier, c’est le pharmacien Maurice Célestin, cet inconditionnel du poète Émile Roumer, lui qui l’avait accompagné à Jacmel peu avant sa mort, à l’invitation de l’historien Toussaint Desrosiers qui m’avait gratifié du libre usage de ce reportage dans ma programmation à la TNH, en 1988, autour de l’hommage rendu, par la Télévision d’État, à ce grand poète haïtien qui venait de mourir. Cette scène spécifique introduite dans le documentaire  illustre le caractère militant d’Émile Roumer, dans son œuvre d’illustration et de défense de la langue créole. En ce qui a trait à son naturel de poète érotique, on l’entend répondre, sans farder la vérité, aux pertinentes questions de Jean-Léopold Dominique à Radio Haïti-Inter, et on le voit, à Jacmel, danser à tout rompre la mélodie de son poème Marabout de mon Cœur, mis en musique par Dòdòf Legros.

En fin de compte, ce documentaire de 60 minutes, qui a mobilisé temps et argent, n’a bénéficié d’aucun appui institutionnel, public ou privé ; il est le fruit de certaines coopérations amicales jusque-là très limitées. Et je ne compte pas en faire un produit commercialisé sur CD, pour justement éviter son doublage à des fins mercantiles. Sa finalité, c’est avant tout l’éducation par projection sur écran, au profit de la jeunesse haïtienne, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays haïtien, qui ne bénéficie pas, de la part de nos institutions publiques concernées, de la  transmission des valeurs traditionnelles nationales. D’autres réalisations de ce genre sont envisagées pour perpétuer la mémoire de nos grands disparus à la grandeur du pays.

Montréal, le 12 janvier 2020

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