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Violence et solitude dans l’œuvre de Killy
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Violence et solitude dans l’œuvre de Killy

Par Voltaire Jean

La violence, comme la solitude, occupe une place centrale dans l’activité créatrice du plasticien Patrick « Killy » Ganthier. De cette  violence qui, accompagnant chaque brisure et chacun de nos actes manqués, dans le tissus fragile de nos rêves d’un lendemain meilleur, donne à ces visages peints sur la surface, comme du plein sur le vide (la série des portraits), un parfum  d’éternité.

Car, ce que décrivent en fait ces lignes noires, tracées d’une main rageuse, ou encore ces volumes et ces bas-reliefs élevant en motifs de contemplation de vieux objets récupérés çà et là,  dans cette Port-au-Prince devenue aujourd’hui un vaste site de décharge à ciel ouvert, c’est  justement cette violence vécue, Sartre le dirait ainsi, comme « l’imaginaire de l’absolu » et qui nous signifie à nous, tous les jours, notre impuissance.

Toile de Killy

Notre impuissance face au mal, bien-sûr, en tant que  vide de la pensée (Hanna Arendt).Mais aussi notre impuissance face à un environnement de plus en plus fragilisé autant par les excès du  capital et l’insouciance des multinationales que par l’indifférence et l’ignorance des politiques.

Solitaire instinctif, se rapprochant beaucoup plus d’un Henry Darger que d’un Andy warhol (qui lui se protégeait de la société par méfiance et précaution, selon olivia Laing), Killy Ganthier scrute, en effet,  de haut le   monde et le marché qui le compose.

Toile de Killy

« À quoi sert le succès commercial, dans ce monde de vacuité où l’on est tous seul ? », nous a-t-il lâché, lors d’un échange cordial, dans son atelier (véritable laboratoire d’expérimentations) à Pétion-ville. Lui qui à Montréal, un peu comme Edward Hopper à Paris au début du siècle dernier, a fait l’expérience de la solitude urbaine. Lui qui a connu le froid et le blues  des grandes villes cosmopolites nord-américaines et qui, comme le poète René Philoctète à la suite de son périple canadien, serait revenu   au pays natal, « fatigué des giboulées du Nord ».

Mais, contrairement au poète de « Ces îles qui marchent », le plasticien Killy, peintre, sculpteur et céramiste, ne cherche pas à dire le monde, du lieu de la caraïbe. Alliant l’insolence du geste à la rigueur technique, son art est capable de s’inspirer aussi bien des éléments du Pop art ou du Happening que des fondamentaux de  l’abstraction lyrique ou du Surréalisme. En témoigne sa dernière exposition, en duo avec Paskö,  présentée en 2018 à l’Institut français de Port-au-Prince, en marge de  la 15ème édition du festival de théâtre Quatre chemins.

Les préoccupations de Killy ne sont pas de l’ordre de l’identitaire, ni même de l’ordre du social. Qu’il travaille la pierre, le métal, l’acrylique ou le verre (technique qu’il a apprise à Montréal), c’est toujours lui, seul, face aux matériaux, dans le cadre  d’une démarche qui, tendant  à concilier les  aspects les plus contradictoires de l’Art contemporain, exprime le refus de toute illusion, fusse-t-elle  idéologique ou esthétique. Un art donc qui se nie lui-même parce que portant en lui le ferment de sa propre destruction.

En ce sens, si la création est effectivement une guerre intérieure,  Killy, à la manière d’un Basquiat ou d’une Rose- Marie Desruisseau, se place  souvent en première ligne, Sans avoir peur d’affronter le regard acide, et parfois désabusé, du conservatisme ou des élus du prêt -à- porter. C’est à ce prix aussi que les grandes œuvres existent !

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