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Island Template, radiographie d’une île-mère
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Island Template, radiographie d’une île-mère

Par Godson ANTOINE

L’artiste est toujours porteur d’un message. Pragmatiquement, il construit son œuvre pour atteindre celui ou celle qui s’adonne à la contemplation de sa création. C’est en ce sens que l’artiste-plasticienne Tessa Mars nous invite à dialoguer avec certaines de ses œuvres à travers l’exposition intitulée Manman zile.

Mon ancien professeur d’analyse et critique des œuvres, Simil, dit toujours: “Nommer est un acte de souveraineté”. Par cet acte, les artistes se considèrent toujours comme des souverains par le pouvoir qu’ils ont à se donner un nom.

En fait, beaucoup d’artistes ont toujours un sobriquet qui fait référence à leur personne comme : Basquiat connu sous le nom de SAMO, Eunice Kathleen Waymon dit Nina Simone, Villard Denis dit Davertige et Tessa l’artiste en question se surnomme TESSALINNES. Ce nom a peut-être un rapport étroit à la personne considérée comme le père de la patrie haïtienne, Jean Jacques Dessalines: symbole de bravoure et de grandeur.

Utilisant l’aplat comme technique dans ses travaux. Tessa est peut être considérée comme l’un des artistes majeurs de l’histoire de la peinture haïtienne et celle de la caraïbe. Manman Zile est une vraie radiographie de la société haïtienne.

« Invité Duvalier à un thé », titre de l’une des installations de Tessa tiré de la thématique de la politique qu’elle traite d’habitude.

Dans cette installation, elle a utilisé des objets usuels (14 tasses) qui ont une représentation bien spécifique dans l’imaginaire collectif haïtien, détournés en œuvre d’art avec des portraits de Jean Claude Duvalier et des autocollants ABA. Ainsi, l’œuvre « Invité Duvalier à un thé » est une critique à l’égard des étudiant.e.s de la Faculté de Droit et des Sciences Économiques des Gonaïves qui avaient fait choix de l’ancien président Jean Claude Duvalier comme parrain de la promotion de 2011 nommée Robert Blanc.

Ce détournement est bien l’une des caractéristiques de ce qu’on appelle l’art contemporain. Pour l’histoire, il faut dire qu’il a fallu attendre la révolution de 1917 de Marcel Duchamp pour qu’un objet usuel fasse son entrée dans un musée comme œuvre d’art. Il ne peut y avoir devoir de mémoire si l’Histoire souffre d’Alzheimer (Youssoupha: noir désir). Dans cette œuvre, Tessa nous fait un appel à la conscience historique.

De plus, des thèmes comme: la famille, la migration, la misère, la violence, sont traités dans cette exposition qui est une monographie de plus d’une décennie de travail. Orso Antonio Dorelus dirait que le travail de l’artiste est une sublimation pour permettre aux gens de surmonter ou oublier la crise passagèrement et révéler l’état du dialogue dans la société par l’esthétisation du réel.

Avec quatre(4) installations et plus d’une cinquantaine d’œuvres picturales, Tessa donne une vue panoramique d’Haïti et celle des autres pays de la région caribéenne. Dans une démarche comparative, l’on peut dire qu’il existe une similarité entre les sujets traités et la technique employée par Tessa Mars et ceux de l’artiste contemporain haïtien, Pascal Monnin Noel: politique, migration…

L’exposition “Île modèle-manman zile-Island template” est la 272ième d’une série organisée par le Centre d’art haïtien depuis sa création en 1944 par l’aquarelliste américain Dewits Peters.

antoinegodson@gmail.com
ENARTS. IERAH/ISERSS

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